
Peut-on aller chez le kiné sans voir son médecin au préalable ? (Accès direct)
Oui, mais pas partout ni avec n’importe quel kinésithérapeute. Depuis la loi du 19 mai 2023, l’accès direct permet de consulter un masseur-kinésithérapeute sans prescription médicale lorsqu’il exerce dans certaines structures de santé ou dans le cadre d’une expérimentation en communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). En dehors de ces cadres, l’ordonnance reste la règle pour être remboursé. Et lorsque l’accès direct s’applique, les séances sont prises en charge dans les mêmes conditions que sur ordonnance.
Cet article explique où l’accès direct s’applique, combien de séances il permet, ce que le kinésithérapeute doit faire et comment éviter une mauvaise surprise au moment du remboursement.
À retenir
– L’accès direct existe, mais il est encadré : il dépend du lieu d’exercice du kinésithérapeute.
– Sans diagnostic médical préalable, il est limité à huit séances ; avec un diagnostic, le nombre de séances n’est pas limité par ce dispositif.
– Les actes réalisés dans les conditions prévues sont remboursés comme ceux réalisés sur prescription.
– Hors dispositif, sans ordonnance, la prise en charge par l’Assurance maladie n’est pas assurée : posez la question avant la première séance.
Ce que prévoit la loi sur l’accès direct
La loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 visant à améliorer l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé a ouvert la possibilité d’exercer la kinésithérapie sans prescription médicale, selon deux voies distinctes. Un rappel du cadre figure sur le site de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, page mise à jour en juillet 2026.
La première voie concerne les kinésithérapeutes qui exercent dans certains lieux. L’Ordre cite les établissements de santé publics et privés, une liste d’établissements sociaux et médico-sociaux, les centres de santé, les maisons de santé pluriprofessionnelles et les équipes de soins primaires ou spécialisés. L’Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur indique que cet accès direct est possible depuis le 22 août 2023.
La seconde voie est une expérimentation réservée aux kinésithérapeutes membres d’une CPTS. Elle est encadrée par le décret n° 2024-618 du 27 juin 2024 et dure cinq ans. Selon l’Ordre, elle a démarré en juin 2025.
Ces deux voies sont indépendantes. Vous pouvez donc rencontrer un kinésithérapeute qui pratique l’accès direct au titre de l’une, de l’autre, des deux, ou d’aucune.
Dans quels lieux et avec quels kinésithérapeutes ?
L’accès direct ne concerne pas tous les cabinets libéraux. Voici comment s’y retrouver.
Les structures. Si le kinésithérapeute exerce dans un centre de santé, une maison de santé pluriprofessionnelle, une équipe de soins primaires ou spécialisés, ou un établissement de santé, il peut vous recevoir sans ordonnance dans le cadre de la loi. Le plus simple est de demander à la structure si elle applique ce dispositif.
La CPTS. Les kinésithérapeutes de l’expérimentation doivent participer à une CPTS et déclarer leur participation à l’ARS via une téléprocédure, selon le décret. Les départements concernés sont fixés par arrêté : l’ARS PACA en cite vingt, dont l’Aude, les Côtes-d’Armor, les Deux-Sèvres, le Gers, la Haute-Corse, le Haut-Rhin, l’Isère, le Loiret, la Martinique, Mayotte, la Meurthe-et-Moselle, le Nord, la Réunion, le Rhône, la Seine-Maritime, le Tarn, le Var, la Vendée, l’Yonne et les Yvelines. Vérifiez la liste en vigueur auprès de votre ARS, car elle relève d’un texte réglementaire.
Pour le détail du fonctionnement en CPTS et du remboursement sans ordonnance, consultez l’accès direct au kiné en CPTS.
Huit séances, puis quoi ?
La limite est la même dans les deux dispositifs : « le nombre de séances est limité à huit s’il n’y a pas eu de diagnostic médical au préalable ; dans le cas contraire, le nombre de séances n’est pas limité », rappelle l’Ordre. Autrement dit, si un médecin a déjà posé un diagnostic (par exemple lors d’une consultation antérieure), le kinésithérapeute peut poursuivre les soins selon les bonnes pratiques professionnelles, sans le plafond de huit séances lié à l’absence de diagnostic.
Le kinésithérapeute a plusieurs obligations. D’après la présentation de l’ARS PACA, celle de Santé.fr et le décret :
- il réalise un bilan initial et des comptes rendus de soins ;
- il les transmet au patient et à son médecin traitant, et les reporte dans le dossier médical partagé lorsque c’est prévu ;
- il vous oriente vers un médecin s’il n’y a pas d’amélioration après huit séances ou si un diagnostic ou un avis médical devient nécessaire.
Ce dernier point est important : l’accès direct n’est pas un moyen de contourner le médecin, mais une porte d’entrée pour des situations où un kinésithérapeute peut intervenir en première intention, avec un relais vers le médecin quand c’est utile. Pour comprendre ce rôle du médecin, voyez le parcours de soins coordonnés et le médecin traitant.
Le remboursement en accès direct
Selon l’ARS PACA, les soins réalisés en accès direct sont pris en charge « dans les mêmes conditions que les actes pour lesquels les patients disposent d’une prescription médicale ». Concrètement, l’Assurance maladie applique la même logique qu’avec une ordonnance : les séances de kinésithérapie sont remboursées sur la base de remboursement au taux de 60 %, comme l’indiquent les experts d’ameli sur le forum des assurés, et le solde peut être pris en charge par votre complémentaire santé selon votre contrat.
Deux précisions évitent les malentendus :
- L’accès direct ne change pas le tarif : si le praticien pratique des dépassements d’honoraires, ils restent à votre charge ou à celle de votre mutuelle selon les garanties. Sur ce point, lisez les dépassements d’honoraires en kiné.
- Le tiers payant n’est pas automatique. Il dépend du praticien et de votre situation : le tiers payant chez le kiné.
Et si le kinésithérapeute n’est pas concerné par l’accès direct ?
Dans ce cas, le cadre habituel s’applique : il faut une prescription médicale pour obtenir un remboursement. Sur ameli, la pratique administrative est claire : pour les séances de kinésithérapie, l’Assurance maladie rembourse sur la base d’une prescription, et cette prescription peut être établie par un médecin autre que votre médecin traitant sans baisse de remboursement, selon un expert ameli sur le forum des assurés.
Un patient qui consulte un kinésithérapeute sans ordonnance, hors des cadres de l’accès direct, s’expose donc à un remboursement refusé par l’Assurance maladie. Certaines mutuelles peuvent prévoir une prise en charge sans prescription dans leurs garanties, mais cela dépend du contrat et ne remplace pas la règle de la Sécurité sociale. Le kinésithérapeute peut aussi, dans les conditions prévues par la réglementation, renouveler ou adapter une prescription : les règles de renouvellement d’ordonnance par le kiné.
Les mêmes règles de base valent pour la durée et le contenu d’une prescription classique, présentées dans les mentions de l’ordonnance de kiné.
Ce que l’accès direct change pour le patient, et ce qu’il ne change pas
L’accès direct raccourcit le chemin vers les soins : un lumbago, un traumatisme léger ou une douleur articulaire récente peuvent être pris en charge plus vite lorsqu’un rendez-vous chez le médecin est difficile à obtenir. C’est l’un des objectifs de la loi du 19 mai 2023, qui vise à améliorer l’accès aux soins en s’appuyant sur les compétences de chaque professionnel de santé.
En revanche, il ne modifie ni le tarif des séances, ni les règles de remboursement, ni le rôle du médecin dans le diagnostic. Le kinésithérapeute n’établit pas de diagnostic médical : il évalue votre situation, réalise un bilan et vous réoriente vers un médecin lorsque les symptômes le justifient. Certaines situations appellent d’emblée un avis médical : douleur inhabituelle, signes généraux, aggravation malgré les séances ou absence d’amélioration.
Comment savoir si vous pouvez y recourir ?
Quelques réflexes limitent les mauvaises surprises :
- Demandez avant de prendre rendez-vous si le cabinet ou la structure pratique l’accès direct, et sous quel dispositif (structure ou CPTS).
- Vérifiez le lieu d’exercice : un centre de santé, une maison de santé ou un établissement est plus susceptible d’être concerné qu’un cabinet isolé qui n’appartient à aucune structure coordonnée.
- Précisez votre situation : un diagnostic médical récent modifie la limite de huit séances.
- Demandez le tarif de la séance et l’éventuelle prise en charge du dépassement par votre contrat.
- Conservez les comptes rendus que le kinésithérapeute doit vous remettre : ils vous seront utiles si vous consultez ensuite un médecin.
Le dispositif change vite. Pour un cas précis (zone géographique, structure, CPTS), rapprochez-vous de votre caisse d’Assurance maladie ou de votre ARS.
FAQ : accès direct au kinésithérapeute
Ai-je le droit d’aller chez n’importe quel kiné sans ordonnance ?
Non. Le droit à l’accès direct dépend du lieu d’exercice du kinésithérapeute (structure de santé, établissement) ou de sa participation à l’expérimentation en CPTS. Un cabinet qui ne relève d’aucun de ces cadres ne peut pas vous garantir un remboursement sans prescription.
Combien de séances sans ordonnance ?
Huit au maximum lorsqu’aucun diagnostic médical n’a été posé auparavant. Si un diagnostic existe déjà, le nombre de séances n’est pas limité par ce dispositif. Le kinésithérapeute doit vous adresser à un médecin s’il n’y a pas d’amélioration au bout de huit séances.
Le remboursement est-il inférieur sans ordonnance ?
Selon l’ARS PACA, les actes réalisés en accès direct sont pris en charge dans les mêmes conditions que ceux prescrits. Le taux appliqué par l’Assurance maladie est donc le même ; le reste à charge dépend du tarif du praticien et de votre mutuelle.
Dois-je prévenir mon médecin traitant ?
Ce n’est pas à vous de le faire : le kinésithérapeute transmet le bilan initial et les comptes rendus au patient et à son médecin traitant, selon la présentation de l’ARS. Vous pouvez toutefois en parler à votre médecin lors d’une prochaine consultation.
Conclusion
L’accès direct répond à une question simple, mais sa réponse est nuancée : oui, on peut aller chez le kinésithérapeute sans voir son médecin, à condition que le praticien exerce dans un cadre prévu par la loi ou par l’expérimentation en CPTS. Les séances sont alors limitées à huit sans diagnostic médical préalable et remboursées comme sur prescription.
En pratique, avant la première séance, vérifiez le cadre d’exercice du praticien, son tarif et ce que prévoit votre mutuelle. À défaut, faites-vous prescrire les séances : c’est la voie la plus sûre pour être remboursé.






